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Ypres, la ville des chats

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Ypres, la ville des chats

Ypres et les chats sont liés depuis des siècles. Aujourd’hui, tout le monde connaît le Défilé des chats, qui parcourt les rues de la ville tous les trois ans. Mais les origines de cette tradition remontent bien plus loin. Dès le Moyen Âge, les chats jouaient déjà un rôle important dans la vie de la ville.

Les chats de la tour

La plus ancienne trace connue de la tradition du "lancer de chats" à Ypres remonte au début du XVe siècle. Dans un registre des comptes de la ville datant de 1410-1420, un greffier note une dépense "lorsque le chat a été lancé". Il fait ainsi référence à un rituel annuel au cours duquel quelques chats étaient lancés du beffroi lors de la foire annuelle.

La plus ancienne représentation du Beffroi avec la Halle aux draps et, tout à droite, le Gulden Halleke, 1383 [1863] (SM 002001)

Nous ne savons pas exactement pourquoi les habitants d’Ypres jettent des chats du haut de la tour. Cette coutume s’inscrit toutefois dans une tradition européenne plus large où les chats servent de boucs émissaires. À Paris, on brûle ces animaux vifs le 24 juin pour marquer le début des festivités en l’honneur de Saint-Jean-Baptiste, tandis qu’à Wervik, on célèbre la "Kattenknippeling", au cours de laquelle des chats sont suspendus dans des cruches accrochées à un arbre, puis les cruches sont brisées.

Il existe probablement un lien avec la mauvaise réputation du chat. Au Moyen Âge, on les associait régulièrement aux sorcières, aux démons et à d’autres forces maléfiques. En chassant le chat, on chasse donc aussi le mal. À Ypres, le « lancer de chats » coïncide avec la plus importante foire annuelle. Des commerçants venus de toute l'Europe s'y rassemblent pour examiner des tissus, faire des affaires et nouer de nouveaux contacts. Chasser le chat, et par là même symboliquement le mal, vise sans doute à garantir le succès de la foire et une année prospère.

Des marchands de draps dans les halles aux draps d'Ypres, XXe siècle (OM 000375)

Une tradition qui perdure

Bien que des rituels similaires disparaissent un peu partout, cette coutume perdure de manière remarquable à Ypres. Pendant la période de la Révolte, à la fin du XVIe siècle, les protestants abolissent cette coutume. Au XVIIIe siècle également, les habitants d’Ypres cessent de jeter des chats, probablement sous la pression des troupes hollandaises. Pourtant, la tradition refait surface dès que les circonstances le permettent, pour le plus grand bonheur des Ypresois. Pour eux, c’est à chaque fois une fête. Jusqu’en 1817. Cette année-là, le dernier chat vivant tombe sur la Grand-Place d’Ypres.

Jozef Quisthoudt, Le géant Goliath avec des enfants qui dansent devant le beffroi d'Ypres, 1939 (SM 002170)

Des lancers de chats au défilé de chats

Après la Première Guerre mondiale, la ville reprend la tradition du lancer de chats. Heureusement, il s'agit cette fois-ci de chatons en peluche. En 1938, des chats noirs en velours sont lancés depuis la tour. L'événement est précédé d'une course, d'un cortège musical, du géant de la ville Goliath et du bouffon d'Ypres. Cette initiative vise à redonner le moral à la population après les ravages de la Première Guerre mondiale. Le petit cortège des chats est né.

Après la Première Guerre mondiale, la ville reprend la tradition du lancer de chats. Heureusement, il s'agit cette fois-ci de chatons en peluche. En 1938, des chats noirs en velours sont lancés depuis la tour. L'événement est précédé d'une course, d'un cortège musical, du géant de la ville Goliath et du bouffon d'Ypres. Cette initiative vise à redonner le moral à la population après les ravages de la Première Guerre mondiale. Le petit cortège des chats est né.

Le géant Cieper sous forme de souvenir en porcelaine (SM 004896)
Drapeau de vélo représentant le chat et le bouffon d'Ypres, XXe siècle (SM 004902)

Ce n’est donc qu’au XXe siècle que le chat (noir) apparaît comme symbole officieux de la ville d’Ypres. L'animal figure sur des affiches, des drapeaux de vélo, des panneaux, des cadeaux d'entreprise, des dessous de verre, des sacs, des carreaux, des timbres, etc. Le chat est souvent accompagné du bouffon, paré des couleurs rouge et blanc de la ville. C'est d'ailleurs le bouffon qui, lors de l'actuel Défilé des chats, jette les chats du haut de la tour. L’une des statues dorées au sommet des Lakenhallen représente le bouffon prêt à jeter le chat. Depuis 2021, trois chats trônent sur le beffroi en guise de clés de voûte. Une réhabilitation pour l’animal dans la ville des chats.

Hier et aujourd’hui

IFFF005822: Les géants d'Ypres au Défilé des chats, 1976 
IFFF005824: Le défilé des chats, 1981
© Dennis Neumann - Le défilé des chats, 2024
© Dennis Neumann - Le défilé des chats, 2024